Texte et mis en scène par Lazare
Avec:
Anne Baudoux, Marion Faure, Julien Lacroix, Claire-Monique Scherer, Philippe Smith, Bruno Pesenti et les musiciens Benjamin Colin & Frank Williams
Composition sonore: Benjamin Colin
Lumière: Bruno Brinas
Conseil chorégraphique: Marion Faure
Conseil scénographique : Marguerite Bordat
Production : Vita Nova, avec l’aide à la création de la DRAC Ile-de-France
Coréalisation : L’Échangeur – Bagnolet- avec le soutien de La Fonderie – Le Mans, le Théâtre des Bouffes du Nord, le Studio-Théâtre de Vitry -sur -Seine
J’écrivais une petite fille dans une maison calcinée, le plafond délabré empêtré de nuages. J’écrivais un hasard fait de courants atmosphériques où les prises font défaut avec notre vie actuelle. La bouche bordée de lait, couché, la télévision allumée aux événements militaires. J’écrivais dans ma chambre, j’interrogeais des présences. Ne pas dormir c’était interroger et quelque chose parlait dans mon dos : – « Est-ce toi ? « – « Tu penses avoir le droit de regarder ici ? « Et ce fut la venue étonnante de ma mère, dans un café, qui pour une fois me parla de son enfance et j’appris que mon écriture se souvenait de tout. Nous avons été des anges quelque part.»
Passé – je ne sais où, qui revient est un voyage dans la tonalité du souvenir, un voyage entre plusieurs mondes : le théâtre, la part obscure de la mémoire d’une petite fille de 5 ans, le pays du Sourd Sommeil. Le 8 mai 1945, deux faits mineurs survenus à Sétif et à Guelma déclenchent le plus grand massacre de l’histoire de France contemporaine, en temps de paix : au moins 20 000 et probablement 30 000 algériens sont tués par des européens.
C’est le centre rayonnant de la mémoire. Elle est en relation avec le monde invisible. L’absence de son père, tué à une manifesta>on, est devenue une rêverie de l’éternité. Son fils Libellule est un jeune homme enjoué et gourmand. Il est acteur, il refuse ses rendez-vous avec le réel. Sa tête est un lieu de réunion. À la frontière de la veille et du sommeil, dans l’intériorité, il conçoit l’univers. Autour de son lit flotte la voie lactée ; l’œil est fait de la même matière que les étoiles. Les morts bondissent dans son cœur, de- viennent flammes, pensées dévorantes et les esprits s’emparent de ce qui dort.
Metteur en scène. – Bon… et votre fils il est comédien ?
L’illettrée. – Mon fils il est comédien oui.
Metteur en scène. – Et… il travaille avec moi, il est acteur avec moi, il manque toutes les répéSSons…L’illettrée. – Ouais
Metteur en scène. – Et il me dit que c’est à cause de vous en fait… parce que vous ….
Il ne vient plus au répétition, il est absent, il arrive toujours en retard, il est normal ?
L’illettrée. – Ah oui ! Mon fils il aime bien à dormir un p’St peu, il aime bien, il dort un peu.
Metteur en scène. – Il faut qu’il se réveille.
L’illettrée. – Il faut qu’il se réveille… Faut que je le réveille sinon il se réveille pas ! Ouais, c’est un travailleur mon fils.
Metteur en scène. – En attendant il ne vient pas à la répétition, ça fait une heure qu’on l’attend.
L’illettrée. – Ah oui ? Oui, il faut que je le réveille alors ! je vais le réveiller…
Metteur en scène. – Il dit qu’il ne viens pas parce que vous lui avez raconté des histoires horribles…
L’illettrée. – Et il a eu peur et horrible il a fait des cauchemars et il n’arrive pas. C’est pour ça qu’il n’est pas venu travailler.
Metteur en scène. – Et vous, vous voulez prendre son rôle alors ?
L’illettrée. – Oui, moi je prends son rôle.
Metteur en scène. – D’accord. L’illettrée.
– Si il ne vient pas, moi je reviens.
Metteur en scène. – A sa place. Mais vous…
L’illettrée. – Mais je veux bien.
Metteur en scène. – Mais vous parlez trop mal le français pour jouer au théâtre !
L’illettrée. – Si… Si je parle un peu mais je parle un peu parce que j’aime le théâtre, c’est pour ça je veux devenir voir le théâtre. Pour jouer au théâtre.
Metteur en scène. – Et qu’est ce que vous savez faire
L’illettrée. – Oui. j’aime bien les danses twist.
Metteur en scène. – C’est comment le twist ? Comment ils dansent les gens ?
L’illettrée. – Ah ben avec leurs pieds !
Metteur en scène. – Avec leurs pieds !
L’illettrée. – Oui
Metteur en scène. — Ils dansent avec leurs pieds ?
L’illettrée. – Oui, avec leurs pieds.
Metteur en scène. – Vous pouvez me montrer comment c’est ?
L’illettrée. – Oui.
Metteur en scène. — Faites avec vos pieds !
L’illettrée. – Voilà je fais là…comme ça… (Elle chante et bouge ses pieds) twiste-twiste-twiste…
Metteur en scène. – Mais c’est une danse de jeune, ça ! ?
L’illettrée. – Ah oui ! C’est mon époque…
Metteur en scène. – Mais c’est un peu…
L’illettrée. – L’année… l’année cinquante… c’est mon époque…
Metteur en scène. – Mais vous avez dansé ça ?
L’illettrée. – Oui, j’ai… à mon époque on a dansé ça twiste-twiste-twiste…
Metteur en scène. – Et aujourd’hui vous pouvez encore danser ça ?
L’illettrée. – Oui, oui, l’année soixante que j’ai arrivé en France.
Metteur en scène. – Non mais aujourd’hui dans mon théâtre… est-ce que vous pouvez danser ça ?
L’illettrée. – Oui, je peux danser ça twiste- twiste-twiste (Elle monte sur une chaise, danse et chante de plus belle.)
Metteur en scène. – Vous trouvez que c’est bien ce que vous faites là ?
L’illettrée. – Oui. Moi je trouve c’est bien oui twiste-twiste-twiste
Metteur en scène. – Vous pouvez vous asseoir s’il vous plait ?
L’illettrée. – Pourquoi ?
En 2018, après la création de Sombre rivière, s’est ravivé en moi le désir de parcourir de nouveau Passé je ne sais où qui revient avec de jeunes acteurs et actrices, à l’occasion d’un atelier avec le groupe 44 à l’école du théâtre national de Strasbourg. Ces interprètes étaient encore à l’aube des commencements. Leur force de travail, leur vitalité petit à petit m’ont conquis et m’ont permis de les regarder, de les entendre. Et c’est joyeusement que nous avons remonté Passé, je ne sais où, qui revient, en compagnie de l’actrice Anne Baudoux, présente dix ans plutôt à la création du texte. Ensemble, nous leur avons montré le chemin. Une fête qui parle de nos tristesses, de nos batailles dans la poussière, de la disparition de nos grands-pères qui aspiraient à l’égalité, la liberté et la justice. Une fête pour évoquer tous ceux qui ne reviendront jamais d’une manifestation. (…) Il est toujours urgent d’inviter ces questions du monde au théâtre, de laisser le théâtre regarder ces questions. De trouver un langage qui nous libèrera, femmes et hommes de ces espaces inconsolables
Texte et Mise en scène Lazare / Collaboration artistique Anne Baudoux/ Assistanat Simon-Elie Galibert / Scénographie Estelle Deniaud / Costumes Aliénor Durand / Création lumière Bruno Brinas / Création son Jonathan Reig / Régie générale Yoan Weintraub / Avec Claire Toubin , Paul Fougère, Yanis Skouta , Océane Cairaty en alternance avec Ella Benoit, Romain Gneouchev, Ferdinand Régent – Chappey , Simon-Elie Galibert
Production Vita Nova Coproduction T2G théâtre de Gennevilliers, centre dramatique national, Points Communs scène nationale de Cergy Pontoise Soutien Jeune théâtre national Construction le Fonderie , Le Mans
Histoire de famille et de Guelma, massacres oubliés / Par Jean-Pierre Thibaudat Créé 02/13/2009
Dans le sas où attendent les spectateurs avant d’entrer dans la salle, des feuillets épars sur des tables basses. J’en saisi un : « Guelma, 8 mai 1945 » est son titre. Le titre d’un livre.
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Dans l’histoire de l’artiste, le rapport à la langue de la mère – incorrecte, non officielle – s’est révélé fondateur. Ecrire, dès lors, peut se définir comme une manière de s’éprendre de la parole de l’autre, des signes de sa marginalité et de les transformer – de les traduire – non en une langue plus admise mais en une parole qui fait de son étrangeté même son impact et sa signifiance
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Massacre et mascarade – Samuel Wahl
Gelma 8 mai 1945 : au moins 20 000 probablement 30 000 Algériens insurgés sont tués par des Européens, en temps de paix.
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