Texte et mise en scène : Lazare
Lumière : Bruno Brinas
Collaboration à la chorégraphie et assistanat à la mise en scène : Marion Faure
Collaboration à la scénographie : Marguerite Bordat
Collaboration artistique : Daniel Migarou
avec
Anne Baudoux, Axel Bogousslavski, Julien Lacroix, Mourad Mus- set, Yohann Pisiou, Claire-Monique Scherer et les musiciens Guillaume Allardi, Benjamin Colin, Jean-François Pauvros
Production : Vita Nova, coproduction Studio-Théâtre de Vitry, avec le soutien de la DRAC Île-de-France Ministère de la Culture et de la Communication, de Beaumarchais
SACD, de la Spedidam, de L’Échangeur (Bagnolet), du Théâtre National de Bretagne (Rennes), u Trident Scène nationale de Cherbourg et de La Fonde- rie (Le Mans)
Il était une fois un jeune homme qui se prénommait Libellule… Il a sept ans quand son auteur, Lazare, en fait le héros de sa pièce. Il en aura quinze au terme de l’histoire, quinze années qui s’inscrivent dans un quartier de banlieue, dans une cité délaissée où il croise amis et ennemis, représentants des autorités et dealers. Tous sont parties intégrantes de son univers sur lequel règne une mère attentive. Si Libellule vit dans la réalité du monde qui l’entoure et le brutalise, il est sans cesse hors de ses limites, hors-normes, inclassable, inadapté, parce que préférant dès son plus jeune âge « les rêves à l’école ». C’est dans cet entre-deux, dans ce no man’s land entre imaginaire et réalité, qu’il ne partage qu’avec un jumeau mort né toujours à ses côtés, que le jeune héros s’isole, se calfeutre, se protège, entre culpabilité et désir de liberté. Évitant ce qui pourrait n’être qu’un théâtre documentaire, Lazare, par la magie d’une écriture inventive, nous entraîne beaucoup plus loin que dans la description, l’explication, le témoignage. Le plateau du théâtre devient le lieu d’une parole poétique, imaginative et métissée, permet- tant à chaque personnage d’avoir « sa » langue, son intériorité, sa puissance. Cette partition très précise, textuelle, corporelle et musicale, structure une mise en scène qui agit par images simples et sensibles, portée par un collectif d’acteurs engagés dans cet univers si peu rationnel mais terriblement vivant.
JF Perrier- programme du festival d’Avignon 2013
« Au pied du mur sans porte », c’est comme une obligation de rendre possible le seul impossible. On dirait les éclats d’une métaphysique analphabète. L’éventualité d’être conçu et de ne pas naître instaure un doute universel, ébranle le monde parce que, justement, ce n’est peut être qu’une éventualité. »
Claude Régy
« Là, de l’autre coté de la porte, sur le seuil de la vie, un frère mort. Imbéciles, nous sortons du nid où nous avions rêvé le monde et à peine nous dévalons la pente qu’il nous faut des béquilles. Infirmes, aveugles, il faut nous mettre sur le chemin. »
Lazare
Au pied du mur sans porte – L’échangeur à Bagnolet Février 2011 –
(photo : Hélène Bozzi)
« Le double‚ au public. – Alors le mec‚ c’est la cinquième fois qu’il vient. Il vient comme ça‚ me regarde droit dans les yeux… il est fou lui ! Et il commence à cogner. Il cogne‚ il cogne‚ il tape dessus… Ah ! Vas-y cogne ! Cogne ! Il cogne‚ il pense que ça va s’ouvrir‚ ça s’ouvre pas. Qu’est-ce qu’il y a mon vieux ? Arrête de faire ça je lui dis. Et il continue de taper‚ il dit ouvre‚ ouvre ! Il supplie‚ ouvre ! Ok je regarde‚ y a rien‚ y a pas de porte. Regarde comment je vais lui niquer des billets à ce bouffon ! Hé‚ j’ai l’adresse d’un bon serrurier je lui dis‚ toutes taxes comprises ! Voilà comment les faibles s’affaiblissent à voir des choses qui sont pas là. Et il se cogne le front‚ balance les poubelles contre le mur‚ il supplie‚ frappe‚ il frappe de tout son corps contre le mur‚ il s’élance et il dit ouvre-toi ! Ouvre-toi ! Et il retombe comme ça en arrière sur le trottoir. Vas-y‚ ouvre-toi ! Qu’est-ce que tu fais Ali Baba ? « J’attends qu’on m’ouvre ! » Mais tu crois qu’il y a une porte je lui dis ! Et il crie « C’est là‚ je veux récupérer mes affaires ! Faut qu’je rentre avant que le soleil me pourrisse ! » Tu peux toujours a Pendre qu’on t’ouvre la porte‚ je lui dis‚ tu peux toujours aPendre‚ on t’ouvrira jamais‚ y a pas de porte. Mais il cognait là‚ c’est là qu’il avait décidé de taper parce qu’il était né là‚ alors il s’est dit je vais taper là. À quatre heures du matin il attendait encore devant le mur. « Je vais taper là » et il ne voyait pas que la sortie c’était ailleurs. On était là‚ on était tous dans le hall‚ qu’est-ce qu’on a rigolé… Picoti picota ferme la porte et puis casse-toi ! On a rigolé‚ c’était au pied du mur sans porte. »
Tournée (57 représentations)
Du 19 au 22 février 2010, Studio-Théâtre de Vitry-sur-Seine
Du 6 au 22 janvier 2011, Théâtre L’Échangeur – Bagnolet
Du 8 au 12 novembre 2011, Mettre en Scène, TNB – Rennes
Les 30 novembre et 1er décembre 2012, Théâtre de Sartrouville, CDN
Du 5 au 7 décembre 2012, Théâtre Universitaire de Nantes, avec le Grand T
Du 8 au 11 avril 2013–Nouveau Théâtre de Besançon
Du 15 au 18 juillet 2013 – Tinel de la Chartreuse – Festival d’Avignon 2013 in Les 14 et 15 novembre 2013 – Le Trident – Cherbourg
Du 21 au 22 novembre 2013 – Bois de l’Aune – Aix-en-Provence
Du 4 au 6 décembre 2013 – TNBA–Bordeaux
Du 7 au 17 avril 2016 – Théâtre de la Ville –– Paris
Le 22 avril 2016 – Théâtre Liberté – Toulon
RUE89, Jean-Pierre Thibaudat, décembre 2012
«Les pièces de Lazare ne sont pas construites en actes, mais en visions. Pas de logique narrative terre à terre, pas d’explications. Chaque séquence est porteuse d’énigmes comme le sont les poèmes. Les pièces avancent par agglutinations, bifurcations et sauts dans le temps.Tout regard est un miroir. Le passé, toujours, revient, la famille vit avec ses morts. Les mises en scène de Lazare creusent les ressacs, les gouffres et les échappées de ses textes avec une imagination scénique débordante. L’acteur est un porteur de valises. Les premières de ses spectacles sont saturées de propositions (une à la seconde) surprenantes, qui trouvent leur élasticité dans le temps. »
TÉLÉRAMA, Emmanuelle Bouchez, 22 janvier 2012
Jeune auteur metteur en scène repéré au Festival Impatience (Odéon-Télérama), Lazare continue d’inventer des destins pour Libellule, son personnage-valise. D’abord adulte se souvenant de son enfance en Algérie (1945)dans Passé–je ne sais où, qui revient, Libellule devient ici un enfant inadapté scolaire et social dans une banlieue en déroute. La figure de la mère est encore là, avec sa syntaxe tronquée d’où fusent des mots précis, interprétés par la même Anne Baudoux à la voix si prenante. La mise en scène de Lazare est à la mesure de son écriture directe : faite d’images sans fioritures, d’ombres, d’éclats de percussion. C’est un conte qui commence dans une cour d’école et finit dans une cave. Pas d’issue, pas de porte dans le mur..»
LE MONDE, Fabienne Darge, 10 novembre 2011
«Au début d’Au pied du mur sans porte, Libellule a 7 ans. Il a un retard d’école, comme dit sa mère, porte un cartable plus grand que lui et d’énormes lunettes qu’il perd sans cesse, tout étourdi qu’il est, comme sa Carte orange et ses habits. Les jours de pluie, il s’égare dans les flaques, où il rencontre son jumeau mort avant d’être né, le Double. […] Libellule a 15 ans, puis 17, il entre dans la ronde formée par JR, le dealer, le Policier (ainsi nommé) et les amis perdus par la drogue, Le Criquet ou Loula. Il a abandonné l’école, la maison, tout, quoi, et se dit qu’il est un Français sans France. On ne racontera pas ce qu’il advient alors, dans ce spectacle où les peintures inspirées d’ex-voto mexicains, les – vrais – dessins d’en- fants, le travail sonore étrange et délicat de Benjamin Colin composent un univers qui ne ressemble à aucun autre. […] Lazare, donc, un garçon que le prénom destinait à revenir d’entre les morts, et qui n’a voulu garder que cette identité visible. Il a bien trouvé la porte au pied du mur, avec son théâtre salvateur, qui cherche à ouvrir les carapaces humaines pour nommer le monde de manière sensible. »
LIBÉRATION, René Solis, 20 janvier 2011
« Au pied du mur sans porte est un spectacle refondateur, dont on sort avec la sensation d’avoir entendu et vu quelque chose qui ne ressemble à rien de familier. Non que la trame soit : il est question de l’itinéraire de Libellule, un gosse de banlieue élevé par sa mère.. Éducateurs, dealers ou flics, tous les personnages d’un théâtre de la cité (Lazare a écrit sa pièce après être retourné dans un quartier de Bagneux qu’il connaissait bien) sont là. Pas une trace de parler caillera, nulle pulsion hip-hop rap ou slam, ni l’ombre d’un discours militant, la banlieue de Lazare est une réinvention qui n’emprunte à aucun folklore. […] Le dernier mot revenant à Libellule, l’enfant bigleux devenu dealer avant de prendre la fuite, qui cite Hamlet et Les Trois Sœurs, sans même qu’on le remarque : Qui voudrait supporter ce que nous supportons / Partir partir partir une bonne fois pour toutes. »
L’HUMANITÉ, Marie-José Sirach, juillet 2013.
« Lazare est un ovni dans le paysage théâtral. Il réinvente la langue, l’illumine de mille fulgurances, casse le tempo, bouscule les rythmes, éclate la scansion. C’est une langue bien vivante, truculente, qui roule des mécaniques mais recèle des visions poétiques, oniriques en des endroits inattendus. Elle vit, palpite, respire, souffle, crache, témoigne du bruissement de l’humanité, des éclats du monde qui nous parviennent par bribes. Auteur, il est aussi le metteur en scène. Maître d’œuvre, il met en mouvement ce tourbillon de mots, de notes et de corps avec la précision des plus grands. C’est culoté, gonflé, osé et joyeux. Le travail sur le plateau s’impose et disparaît comme l’évidence. Les acteurs et musiciens sont animés d’une douce folie qui les propulse dans cette aventure singulière, étrange et bouleversante. Lazare, c’est le Basquiat du théâtre. Il graffite le verbe comme le peintre américain les trottoirs de New York. Laissez passer les libellules… »
